ENSEIGNER EN TEMPS DE CONFINEMENT : L’ENQUETE DE LA DEPP* PAR NOTRE LORGNETTE

dimanche 16 août 2020

« Tout va bien dans le meilleur des mondes », c’est la pensée qui vient à l’esprit du lecteur de cette enquête révélée par le Ministère en juillet 2020, deux mois après le confinement.

90, 85, sont les pourcentages de professeur.es des lycées et collèges satisfait.es du maintien du contact avec leurs élèves ainsi que de professeur.es de l’EP qui se déclarent réjoui.es de l’apprentissage de leurs élèves durant la période de continuité pédagogique.
Mais au-delà de ces apparences de ce satisfecit affiché par le MEN, au SUNDEP Solidaires, il nous est paru intéressant de lire de plus près cette chronique-là, en y apportant notre analyse diagnostique.

En annexe méthodologique à cette enquête, on trouve des précisions très éclairantes sur le déroulement de cette enquête. On y apprend ainsi que sept enquêtes simultanées portant exclusivement sur la période de confinement de mars à mai 2020 ont été menées entre début mai et fin juin de la même année, dans le public et l’enseignement privé sous contrat. Celles-ci ont concernées quelques 50 000 élèves et parents, 20 000 enseignant.es (1er et 2nd degré), 10 000 directeurs et directrices (1er et 2nd degré), 15 000 CPE (uniquement dans le public) et 3000 IPR. Les taux de réponses des échantillons représentatifs de ces différents groupes interrogés sont certainement les données les plus intéressantes à retenir : entre 20 et 25% s’agissant des enseignant.es de leurs élèves et de leurs parents, entre 70 et 75% concernant les autres populations questionnées.

Ainsi, il est important de mettre en regard ces réponses avec le caractère d’exception de confinement qui a concerné près de 12 millions d’élèves et les ressentis des enseignant.es qui les ont accompagné.es.

Alors que penser de ces 99% d’élèves de lycéen.nes et collégien.nes qui déclarent avoir fourni le travail scolaire nécessaire à l’issue de la fermeture de leur établissement ? Extraordinaire, n’est-ce pas ?
Qu’en pense les 1% restant ? Ce sont ces réponses qui permettent de mieux appréhender la réalité de la situation vécue.
Quand les conclusions de cette enquête indique qu’une faible proportion de collégien.nes et de lycéen.nes déclarent avoir rencontré des difficultés matérielles pour travailler, il faut également, surtout, lire toutes les difficultés rencontrées telles qu’elles sont présentées dans l’infographie proposée ci-contre.
Seul.es 45% des élèves enquêté.es assurent disposer d’un ordinateur personnel, condition sine qua non pour télé-travailler sereinement.

De même si les inspecteurs et inspectrices des 1er et 2nd degré sont très largement satisfait.es à plus de 80% de leur gestion globale de la continuité pédagogique, la réalité vécue in situ par les enseignant.es apparaît discordante comme le montre les réponses apportées par le corps enseignant à la question de l’aide apportée lors de la mise en place de la continuité pédagogique puisque moins de 30% d’entre eux, d’entre elles, estiment le soutien apporté par leurs inspecteurs et inspectrices (figures 6-10 et 6-11 du rapport).

Autre source d’inquiétude qui concerne la conception des activités de l’enseignement à distance, moins de 30% des professeur.es (1er et 2nd degrés confondus) ont utilisé une plate-forme institutionnelle (du type « ma classe à la maison ») au profit de leurs ressources personnelles ou d’autres ressources en provenance d’Internet (figure 3-5 du rapport). A ce sujet, beaucoup d’entre eux, d’entre elles ont même déclaré.es avoir abondamment fait appel aux applications mises en place par Microsoft (Team…) ou Google (Classroom) sur injonctions de leur direction.
Ainsi se prépare-t-il le Monde d’Après côté enseignant.es !?

Si l’on se penche maintenant sur les conditions de travail dans le contexte du confinement, une large majorité des professeur.es des écoles (plus de 80%) et une bonne majorité des professeur.es de 2nd degré (plus de 60%) considèrent avoir été stressé.es par leur travail durant la période étudiée (figures 8-1 et 8-2 du rapport). On s’éloigne là encore du satisfecit annoncé lors de la publication en juillet dernier de cette enquête tout en s’approchant de plus près de la réalité des expériences vécues.

Et après…. ? Plus de 60% des enseignant.es interrogé.es ne sont pas dupes et n’ont aucune illusion quant à la réduction des inégalités scolaires lorsque quatre parents sur dix considèrent que leur enfant a progressé durant cette période inédite de confinement.

Au SUNDEP Solidaires, nous restons attentifs et attentives aux évolutions induites par les mises en place sans concertations effectuées lors de la période du confinement.
Les efforts des professeur.es à cette occasion méritent décidément mieux que la distribution de médailles en chocolat pour les un.es ou l’attribution de mauvais point décerné à l’occasion d’un « prof-bashing » pour les autres.

* Direction de l’évaluation, de la prospective et de la performance.

Pour retrouver entièrement cette enquête : https://www.education.gouv.fr/crise-sanitaire-de-2020-et-continuite-pedagogique-les-eleves-ont-appris-de-maniere-satisfaisante-305214


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